ce texte d'un lecteur de Libé date de 2007 lors de l'élection présidentielle. Je trouve qu'il est encore plus d'actualité aprés cinq ans de Sarkosysme.


J'ai choisi la Fraternité

 

J'ai vu des travailleurs immigrés, monsieur Sarkosy, exploités, humiliés, seuls. Seuls face à leur détresse, à leur illétrisme, à leur droits bafoués. Et vous n'avez rien dit.

J'ai vu des femmes, à travail égal à celui des hommes, être sous-payées et quelques fois harcelées. Et vous n'avez rien fait.

J'ai vu des jeunes, ballotés d'un stage à un autre, entre le chômage, un travail intérimaire, un travail saisonnier et toujours sous-payés. Je vois des retraités, ayant travaillé durement toute une vie, survivre avec un revenu indécent. Et vous n'avez encore rien fait.

Dans ce sud de la France, j'ai aussi rencontré des Harkis, devenus des vieux messieurs oubliés, ignorés, et quelque fois même insultés, à qui on refuse encore aujourd'hui même d'être enterrés dans leur pays natal. Des travailleurs immigrés, dont les enfants ne veulent plus être exploités, humiliés. Des femmes qui aspirent à une égalité de salaire. Des jeunes, des chômeurs, des smicards, des gens qui ont cru à vos valeurs et à qui vous avez dit : Il faut la rupture, c'est la mondialisation, c'est la crise ; et qui ont pensé qu'une crise c'est passager, comme une crise de nerfs. Et qui ont fini par accepter. Accepter de devenir flexibles, serviles à souhait. Accepter des salaires indignes, du travail à mi-temps, à tiers-temps, intérimaire, saisonnier, des chèques-emploi, des contrats nouvelles embauches. Accepter des stages de remise à niveau, de reconversion, de recherche d'emploi. On a culpabilisé, perdu confiance en nous-même.

Monsieur Sarkosy, vous nous avez demandé de nous intégrer, de nous adapter, de nous assimiler et d'avoir des diplômes. C'est alors que nous avons compris. Compris que notre seule liberté, c'était plus que de la méfiance, c'était de la crainte.

De la même manière que vous avez confessé avoir un coeur à gauche, comme tout le monde, et que vous aviez droit à votre pudeur, à mon tour je vous confesse que j'ai peur que vous deveniez président de la République, peur pour mon pays, peur pour nos droits sociaux, peur pour nos salaires, peur pour tous les plus faibles et les plus démunis, peur surtout pour nos libertés.

Quand on à un coeur, on ne dit pas "aimez-la ou quittez-la", on ne dit pas à des travailleurs qui gagnent durement 1000 euros par mois, "travaillez plus pour gagner plus". Monsieur Sarkosy, allez demander aux caissières des supermarchés, dont les actionnaires sont largement bénéficiaires, si l'argent est équitablement réparti dans notre pays.

Moi j'ai choisi la fraternité. (...)

Mes parents d'éducation musulmane, comme dans la majorité des familles musulmanes m'ont enseigné, avec amour, le respect, la fraternité et surtout la dignité. Le respect envers les plus faibles, les plus démunis, ceux dont la société, ou l'argent est caution de la respectabilité, a anéanti toute vie possible.

Oui, monsieur Sarkosy, il est difficile et douloureux d'être pauvre.

Malgré tout, je refuse toujours de croire à la fatalité et je crois en mon pays, la France.

B.B ouvier agricole, Pézénas (Hérault)